O.V. #7

publié le 27 janvier 2018

O.V. est terminé, hauteur 4m, diamètre 5m, bois déroulé de peuplier et chevrons de sapin peints à la chaux. Il abrite son premier visiteur… Un chat…

Une nuit sur Terre #10

publié le 16 janvier 2018

Je dois faire un aveu, je suis un peu voyeur. Oh, non, pas de ces voyeurs quelque peu salaces, que leur impuissance conduit à chercher en «  live » de vagues images sexuées. Non, je suis de ces voyeurs qui cherchent à attraper les images de la vie, surtout ses peines, rarement ses joies ou alors l’aspect un peu glauque dans lequel ces joies programmées finissent le plus souvent par tomber. Mon ami R.C. est un peu comme moi et c’est pour ça qu’on s’entend bien. Vous me direz que ceci est aussi une forme d’impuissance, si l’observation ne débouche pas sur l’action. Et c’est cela qui parfois nous différencie : je suis contemplatif, il est actif. Il est à la tête d’une petite entreprise familiale d’optique (photo, vidéo, voir même linogravure préparées par le dessin). Vous l’aurez compris, mon ami est un génial touche-à-tout. C’est ainsi du moins que je le vois. Certes sa petite entreprise ne rechigne pas à recruter des intérimaires bénévoles plutôt familiaux en période de fêtes, plus largement en période estivale, voire même des étrangers lorsqu’il lui prend de se frotter à des pays exotiques. Leur rôle est limité au transport, à l’emballage, éventuellement à la diffusion. Mais lui ne laisserait à personne la conception ou la finition de ses productions, encore qu’il n’hésite pas à demander avis et conseils. C’est dans ce cadre que j’eus la surprise de recevoir de sa part, pour le nouvel an, des lunettes magiques aux carreaux rouges et bleu-vert, dont l’inélégance cachait un secret : elles permettaient, accompagnées de documents adaptés, de voir en 3D. Elles pouvaient satisfaire mon vice, celui de saisir des instantanés au plus près de la réalité avec toute la profondeur de champs nécessaire sans avoir à me déplacer. Lorsque je lui demandais s’il avait breveté cette subtile invention qui satisfaisait ma paresse naturelle, il éclata d’un franc rire et me rétorqua, avec cette condescendance qu’il avait parfois lorsqu’il était sûr de lui : « mais ça fait longtemps que ça existe, hé, couillon ». Je ravalais ma déconvenue sur ce que je croyais être une géniale invention, pour m’isoler et mater en toute concupiscence les trésors qui m’étaient confiés. Je ne fus pas déçu d’un voyage d’abord spatial qui m’amena très vite au centre de la terre.

C’était l’horreur d’une profonde nuit (cette formule vite venue me rappelait quelque chose…) Je voyageais soudain dans l’espace intersidéral accroché à une météorite à tête de loup franchissant à une vitesse menaçante le carrousel des astres et des planètes. Les loups allaient entrer dans la terre, cessez de rire, humains malfaisants, les loups sont entrés dans la terre, ça aussi, formule cognitive qui me permettait d’approcher les images d’une infernale Ronde de Nuit développée dans le son cassant d’un accordéon de carton.

Mis en orbite terrestre par un loup- météore-prédateur, de petites lucarnes affichaient des moments de vie où le drame le disputait au grotesque : un type patibulaire en planque devant un passage louche, un couple aviné avachi devant une télé inutilement allumée, une chambre d’hôtel après l’amour( ?),un type armé halluciné, menacé par une végétation carnivore, une petite voyeuse hypnotisée par une traction avant Citroën, une ordure massacrant des prisonniers. Quel sens cela avait-il ? Il était temps de décrypter tout cela et pour ça, il n’y avait qu’un moyen, chausser les lunettes de mon ami R.C. pour produire le phénomène de profondeur de champs qui allait me permettre de fouiller chaque situation.

Au début, est donc un homme en planque dans un couloir encombré d’une poubelle et d’un vélo. L’éclairage blafard et l’enseigne vaguement chinoise font pencher pour un lieu un peu louche. L’homme, chapeau à larges bords rabattu sur les yeux, sale gueule accentuée par le jeu des ombres et de la lumière électrique, lèvres carnassières, longs doigts de pianiste et d’étrangleur, cigarette dressant ses cendres comme le bout d’un pénis circoncis. Ce pourrait être un « privé »sorti tout droit d’un polar américain, à moins que ce ne soit un inspecteur de police ou un tueur de la mafia ou encore un simple trafiquant. En tout cas il guette la rue éclairée par des fenêtres marquées de quelques ombres et attend visiblement quelqu’un et ce n’est pas sûr que ce soit pour la bonne cause !

Est-ce derrière ces mêmes fenêtres ce couple avachi devant sa vieille télé-tube cathodique, assommés, assoupis d’une longue journée d’errance, cuvant leur canette de bière Leader-Price, chaussures à vau l’eau, cendrier, chaussons, fourchette, canif abandonnés. Leur visage usé, leur position bestiale n’est pas rachetée par le petit napperon brodé ou l’auréole projetée de cheveux hirsutes au-delà de l’ombre du canapé. Ils transpirent la misère des pauvres gens, misère nappée d’une touche de menace qui inquiète les gens heureux.

Est-ce cette télé que personne ne regarde qui tente de dire avec son regard lointain, ce qui se passe là-bas. Là-bas, quelque part en méditerranée, en ce moment même des gens, des « migrants », sont en train de se noyer. Dans les déferlantes d’une tempête naissante, un homme va se noyer. C’est sans doute un africain, cheveux crépus, yeux exorbités. Il s’accroche à sa valise, son seul bien, sa bouée de sauvetage qui ne tardera pas à couler, comme lui qui bat désespérément les flots de son bras droit. Derrière lui, un autre a renoncé, dont n’émergent plus que deux bras tendus, comme une ultime supplique vers le ciel.

Et là, à côté, cette chambre, une chambre d’hôtel ? Une chambre de passe ? Un couple adultérin que le privé enchapeauté de tout à l’heure cherche à coincer ? une femme assoupie, rassasiée, enfoncée dans un grand lit, drap rabattu laissant à nu le haut d’un corps aux volumes généreux. Abat-jour de pacotille qui n’a pu éclairer ses ébats. Lumière venant bizarrement d’en face, là où il y a le lavabo et son miroir qui reflète la silhouette d’un homme. Celui-ci a sans doute quitté le lit depuis un certain temps, vu l’attitude de la femme. Il soulève l’abattant de la fenêtre, il cherche le « dehors », là ou un air plus frais effacerait celui, confiné, du « dedans ». Dehors, Dedans, «  That Is the question », pense-t-il peut être en songeant à quitter ce lieu avant qu’il ne soit trop tard pour lui, pour ses misérables ambitions de vie. Il vient de pisser, comme semble le prouver le rabattant relevé de la cuvette des WC. Il est soulagé, il est libre. Mais qui est donc ce personnage à contre-jour, qui semble regarder tendrement la femme qui rêve au bonheur, qui rêve peut-être au « -dedans ». Est-ce une image Idéalisée de celui qui vient de quitter son lit ?

Ce type, là, dehors, halluciné, corps efflanqué dans un maillot trop large, tête penchée, à l’affût de l’on ne sait quoi, regard inquiet, inquisiteur, revolver pointé tremblant d’inutilité face à un danger mal cerné, un homme jeune à la chevelure ébouriffée, échappé de la ville, planté sur un cirque de terre battue labourée de ce qui peut paraître comme des trous d’obus, menacé par les tentacules de plantes carnivores qui vont le bouffer. Qui est-il ? Un petit truand, un héros de la résistance, un pauvre gosse accro aux amphétamines et meurtri par la vie ? Autre chose encore ?

Est-ce lui qui s’est réfugié dans ce manoir isolé qui étincelle ses façades et creuse ses ombres à la lueur clignotante d’un quart de lune ironique, lui que vient chercher, dans l’éblouissement de phares plein pot, un homme pressé, comme en témoigne la porte avant droite ouverte de la mythique traction avant Citroën. Et cela sous le regard voyeur et hypnotisé d’une innocente petite fille qui griffe la vitre de son interrogation angoissée Est-ce un règlement de compte, la gestapo, les FFI ? Qu’est-ce qui détruit soudainement la sérénité de ce manoir endormi ?

Est-ce lui gisant dans l’enclos grillagé d’une cour de prison, massacré à coups de bottes par un sbire sadique dont le pistolet fume encore d’avoir abattu l’homme qui git sur le sol, victime lui aussi de la dictature et de la barbarie

Il est minuit, L’accordéon se replie en claquements secs qui mélangent vies et destins. Il est temps de récapituler. Bon :

Une femme endormie après l’amour dans une chambre miteuse d’un bordel de ville, son homme déjà pressé d’autre chose, une ombre sereine dont on peut penser qu’elle nie l’inélégance de cet homme.

Une femme endormie, visage ravagé par l’alcool, la malbouffe, la fatigue, son homme abruti, visage renversé, présence absente, d’aucun secours.

Une petite fille traumatisée par une scène dont elle ne pourra comprendre que bien plus tard le sens et les issues.

Un truand, un policier, un privé ou un milicien qui planque pour on ne sait quoi.

Un «  migrant » qui s’agrippe à sa valise pour tenter de gagner la terre promise.

Un type bizarre qui zyeute les buissons d’un air bizarre à la recherche d’on ne sait quoi.

Un type lynché et mis à mort à côté d’un autre déjà mort dans une enceinte grillagée de prison.

…???? Appeler R.C.  pour connaître le fin mot de l’énigme? À cette heure, peut-être est-il dans son sous-sol à linographier, peinturlurer, graphiter, développer, scier, que sais-je encore ?…

Je lui dirai : « Est-ce ainsi que les hommes vivent toutes les nuits sur terre, avec cette feinte naïveté qui recouvre l’angoisse de la nuit et la réponse que l’on connaît déjà. Il me dirait « eh, mon pote, qu’est-ce tu divagues, c’est ça la vérité de la vie ». Non, il ne dirait pas ça, c’est trop parisien. Mon pote, il est du midi, il dirait plutôt « Eh, gonze », en appuyant sur le gon et laissant filer le ze « tu sais bien que c’est comme ça ». Encore que je ne crois pas avoir entendu de lui cette expression-là. Mais je m’égare, je lui dirais plutôt combien son talent de graphiste rend merveilleusement les joies et les drames des nuits et des jours du monde. Mais ça, ça peut attendre demain, le temps de passer ma nuit sur terre à culpabiliser de n’être qu’un horrible voyeur et un fort mauvais acteur.

Nuit tranquille Nuit féline, Nuit… d’horreur, ce samedi 14 Janvier 2018,

A mon camarade R .C. pour ses inventions stéréoscopiques et autres,

En toute amitié,

PIOTR

Ce 14 Janvier 2018

de la MAF

publié le

La MAF, ça veut dire maison d’arrêt pour femmes. J’ai récemment animé trois séances de découverte de la linogravure dans celle de Versailles. Le dernier cours, on l’a consacré au portrait. J’ai beaucoup aimé celui là, à la fois naïf et grave, produit en quelques minutes par l’une des détenues…

Anaglyphe

publié le 23 novembre 2017

Essai de mise en relief d’une linogravure… A voir avec des lunettes anaglyphes (oeil droit filtre rouge et oeil gauche filtre bleu)…

Poireau… Rideau!

publié le 13 novembre 2017

Démontage express du Poireau céleste avec l’ami Pedro Marzorati. Il avait été installé en septembre sur le sentier des arts de Royan. Pour voir d’autres images c’est ici

Cent cinquante bougies

publié le 03 octobre 2017

Il y a cent cinquante ans, paraissait Le capital de Marx. A l’occasion de cet anniversaire, la revue brésilienne d’histoire O Olho da historia va consacrer un numéro à cette célébration. Petite contribution à l’illustration de la revue sous la forme d’une linogravure allumée…

Archives de la zone

publié le 25 septembre 2017

Archives de la zone mondiale édite des livres, des disques de la scène punk française des années 80 à 90. Paria qui anime cette maison d’édition m’a demandé de repenser son logo. Vous pouvez retrouver toutes les infos sur ses activités ici. Linogravure 25X25

Sentier Atlantique

publié le 24 août 2017

Dans trois semaines débutera la manifestation Sentier des arts dans la région de Royan. Gravomane y prendra part en réalisant un Poireau céleste de 17m de long (voir le billet ici )

Beaux lieux #4

publié le 01 juillet 2017

Installation, avec l’aide de Laura, de panneaux gravés à la tronçonneuse à Beaulieu lès Loches près de Tours dans le cadre de la manifestation Beaux lieux. Nous avons placé 7 panneaux dans la ville qui sont autant d’onomatopées, de sons exprimés à la manière d’une bande dessinée en décor naturel. Suspendus, accrochés, ils proposent aux visiteurs des mini récits qui se déroulent au fil de leur déambulation.

Ne leur offre pas…

publié le 02 mai 2017

Non, je ne crois pas comme certains esprits délicats, que Macron et Le Pen ce soit la même chose. Non que j’ai confiance ou estime pour le personnage Macron et son programme, mais à cet instant il est d’abord impératif d’empêcher les fascistes d’accéder au pouvoir et AUX pouvoirs dans leurs plus intimes rouages. Barrage aux fascistes! Macron on s’en occupera après!… Que cette modeste image contribue à convaincre quelques hésitants!…

Accélérateur de tubercules

publié le 13 mars 2017

Croquis pour un projet d’Accélérateur de Tubercules. Sur le modèle d’un accélérateur de particules, il s’agit d’un tunnel en forme d’anneau dans lequel circulent des énergies invisibles particulièrement puissantes. Construit en bois, il permettra de comprendre le mystère pataphysique qui a conduit à l’apparition récente de légumes cosmiques…

(nous) #6

publié le 10 mars 2017

Linogravure 70X40, pour l’illustration de la couverture de l’édition du texte de la Ktha compagnie (nous). Sortie: avril prochain

Mourir à Falloujah

publié le 16 janvier 2017

fallouja

Projet de pochette vinyl 45t pour le groupe Bérurier Noir. Réédition d’un morceau sorti en 2004 sur la guerre en Irak. Malheureusement toujours d’actualité 13 ans plus tard!…

Manguezal

publié le 16 décembre 2016

manguezal

Manguezal, c’est le nom d’un grand restaurant de plage de l’île d’Itaparica. Il est voisin de la fondation Sacatar. Etant dans l’impossibilité de rapporter ce panneau gravé à la tronçonneuse à Paris, je l’ai donné à Luiz, le propriétaire dudit resto qui l’a installé face à l’une des entrées. Manguezal, ça veut surtout dire « mangrove » en portugais, une végétation très présente sur l’île et comme partout ailleurs dans le monde particulièrement menacée…

Cordel nouveau

publié le 13 décembre 2016

grafica

Le cordel « Souvenirs tragiques d’un esclave fugitif » vient de sortir des presses de la grafica Ventoleste de Salvador. Bientôt dans les bonnes librairies! Je suis allé retirer les 150 exemplaires que j’avais commandé. Le résultat n’est pas complètement maîtrisé mais bon c’était important de tout produire au Pays du Cordel…

Une divine comédie

publié le 11 novembre 2016

raul enfer2

Raul Seixas était dans les années 70/80 une icône du rock brésilien, une espèce de Jim Morrison qui a marqué plusieurs générations de jeunes dans le pays. Comme le chanteur des Doors, il est mort en pleine gloire à la suite des excès d’alcool et de drogue qu’il a commis. Elton Magalhaes, cordeliste bahianais a composé trois poèmes en hommage, à la fois à Raul Seixas et à Dante, en imaginant le rocker, successivement en enfer, au purgatoire et au paradis. Il m’a demandé de faire une xilogravure pour chacun. Ma première production de Cordel!…

Salvador verso

publié le 09 novembre 2016

chantier rasputin

Loin des cocotiers et des plages exotiques de la Baie de tous les Saints, voici un autre versant (dans tous les sens du terme) de Salvador. Une des très nombreuses favelas que l’on trouve dès qu’on s’éloigne du centre. Elles sont immenses, accrochées aux pentes qui plongent vers la mer. Carlos Eduardo, un artiste rencontré lors de mon arrivée m’a emmené aujourd’hui dans le « suburbano » nord ouest. Sur un terrain hérité de son père, il est en train de construire une grande batisse dans laquelle il pourra organiser des cours d’art plastique pour les enfants du quartier, d’alphabétisation pour les adultes, accueillir des expositions, des concerts et… des fêtes. Projet titanesque qu’il mène seul, avec ses propres deniers. 11 ouvriers s’activent tous les jours pour le faire aboutir au plus vite.

rasputin2

Sacatar #11

publié le 06 novembre 2016

diabo

Toujours dans l’idée de constituer un lexique visuel du cordel, je me suis essayé à la figure du diable (o diabo). Personnage récurrent comme dans « Le vieux qui trompa le diable » « Lampaio rencontre le diable » « La putain arrivant aux enfers », autant de titres qui font partie des classiques de cette littérature. J’ai essayé aujourd’hui une nouvelle essence de bois pour graver. Ca s’appelle le Gonçalvo Alvès, c’est pas idéal mais facile à trouver alors!…

Ci dessous la fondation Sacatar dans la lumière de fin d’après midi. A droite la porte d’entrée, au fond, mon atelier…

Parc

Sacatar #8

publié le 03 novembre 2016

atelier MAM

vautours

L’atelier de gravure du Musée d’art Moderne de Salvador a deux avantages: le premier c’est d’être ouvert à tous, gratuit et animé par des profs très accueillants et bienveillants, le deuxième mais qu’il faudrait mettre en tête est, qu’à travers les ouvertures on entend le ressac des vagues qui viennent se briser contre le mur. Une plaisante berceuse pour travailler. J’y suis allé hier et j’ai fait deux tirages dont celui-ci. Une scène de combats de vautours dont j’ai été témoin l’autre jour sur la plage. Ils ne se disputaient pas pour une chèvre (ça c’est moi qui le rajoute) mais pour un gros poisson échoué… A moins qu’il ne soit question du commun des rapaces de quelque capitalisme triomphant…

Sacatar #7

publié le 30 octobre 2016

cheval

Premier tirage à peu près présentable réalisé à Sacatar. Les petits points qui constituent le fond de l’image sont largement inspirés de certains des décors des bois gravés  du Nordeste. Cette constellation est tout simplement faite avec un clou.

Sacatar #6

publié le 29 octobre 2016

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Rencontre hier avec Elton Magalhaes,  jeune et passionnant cordeliste bahianais. Cordeliste? ça veut dire auteur et éditeur de Cordels. Qu’est ce qu’un Cordel? un petit livret de 10X15cm photocopié sur du papier courant de 80g et dont la couverture est illustrée d’une image (traditionnellement une gravure sur bois).

A part ça quoi de particulier? Le texte qui peut aller de 16 à 64 pages est forcément en vers et répond à des codes très particuliers. Il faut savoir que les Cordels sont à l’origine, la transcription de poésies  de tradition orale, faits pour être déclamés en s’accompagnant d’instruments de musique très simples (guitare ou tambourin). Les ancêtres les plus anciens des cordelistes d’aujourd’hui sont les troubadours du Moyen Age, ceux d’Occitanie et du Portugal.

Elton, auteur de dizaines de cordels et professeur de littérature à Salvador de Bahia est intarissable sur le sujet: les thèmes abordés, les personnages récurrents, la versification, les auteurs marquants de cette « littérature des pauvres ». C’est du Nordeste que le Cordel est originaire et c’est là qu’il demeure le plus vivace. Il est pourtant présent dans tout le Brésil et dans d’autres pays d’Amérique latine.

Pour parler de la versification, il existe quatre modes très codifiés:Septiles: sept vers de 7 syllabes par strophe les 2ème/4ème/7ème riment entre eux et les 5ème et 6ème entre eux. Ca donne ça par exemple:

Mais un caso de cangaço/Eu pretendo registrar/Pra nao ser mais uma historia/Que o tempo teima em apagar/Ou deixar no esquecimento/E mais uma que apresento/ A cultura popular

Sextiles: six vers de 7 syllabes par strophe, rimes entre les 2ème/4ème/6ème. Les autres ne riment pas. Il y a aussi « Le martelo a galopado » (marteau au galop): 10 vers de 10 syllabes ou encore le « galopo à beira mar » (galop sur la berge): 10 vers de 11 syllabes dont le dernier de chaque strophe se termine invariablement par le mot « mar »…
Tout ça donne un rythme très singulier à ces poèmes. Quelque chose qui n’est curieusement pas si loin que ça du rap…